Participation de l’ILNAS à la table ronde « Tech & IA au service de l’économie circulaire » le 5 mars

Focus sur « Tech & IA au service de l’économie circulaire »

L’événement « Tech et Intelligence Artificielle au service de l’économie circulaire », organisé par infogreen, la commune de Wiltz et le « Circular Innovation Hub », s’est tenu le 5 mars 2026 au Château de Wiltz, et a rencontré un vif succès en rassemblant un large public autour des enjeux croisés de la normalisation technique, du numérique et de la durabilité. La session a permis de mettre en lumière le rôle structurant des normes dans la transition vers une économie circulaire, et la manière dont l’intelligence artificielle (IA) peut renforcer cette dynamique, en particulier dans le secteur de la construction.

Le rôle central de l’ILNAS et de l’ANEC GIE dans la normalisation au Luxembourg

La présentation s’est ouverte sur un rappel du positionnement de l’ILNAS en tant que point de contact pour la normalisation au Luxembourg, opérationnalisé au travers de l’Organisme Luxembourgeois de Normalisation (OLN). Le travail mené est soutenu par l’ANEC GIE, qui supporte l’ILNAS dans ses activités de promotion, recherche, sensibilisation, ainsi que la mise en œuvre de la Stratégie Normative Luxembourgeoise. C’est la convergence entre les TIC et le secteur de la construction, deux de trois secteurs porteurs identifiés dans la stratégie, combinée à la montée des enjeux liés à la durabilité, qui a mis en avant que l’ILNAS est un acteur national incontournable pour le traitement de ces thématiques d’un point de vue normatif.

Normes, numérique et circularité : un triptyque essentiel pour le secteur de la construction

L’une des missions de l’ILNAS consiste à promouvoir l’adoption des normes et à expliquer la plus-value liée à l’utilisation de ces dernières. La présentation a ainsi permis de revenir sur les caractéristiques clés des normes techniques, leur rôle dans la transition numérique et leur capacité à renforcer l’économie circulaire.

Dans la construction, l’économie circulaire repose sur des données fiables, traçables et interopérables. En combinant normalisation et intelligence artificielle, il devient possible de soutenir des pratiques essentielles telles que la réparation, la réutilisation ou encore le remanufacturing, afin de répondre aux exigences réglementaires et environnementales actuelles.

Un paysage réglementaire dense qui renforce le besoin en données normalisées

Pour illustrer l’ampleur du cadre réglementaire qui accompagne désormais le secteur de la construction, plusieurs documents majeurs ont été passés en revue, parmi lesquels le Plan d’Action Économie Circulaire, la Directive EPBD 2024/1275, le programme européen Level(s), le Règlement CPR 2024/3110, et d’autres textes européens structurants. L’analyse de ces documents démontre un besoin évident : disposer de données robustes, exhaustives et accessibles tout au long du cycle de vie des bâtiments et de l’environnement bâti. Ce besoin s’intensifie encore à la lumière de la stratégie “European Housing” (2025), qui souligne que la construction demeure l’un des écosystèmes industriels les moins digitalisés, ce qui pèse sur sa productivité et sa compétitivité. Une harmonisation accrue des règles et le recours à la normalisation technique apparaissent comme des leviers essentiels pour accélérer cette transformation.

Les comités techniques : des travaux normatifs structurants pour la circularité

Plusieurs comités techniques de normalisation ont été présentés pour illustrer les efforts en cours aux niveaux international et européen :

Economie circulaire

Le comité international ISO/TC 323 développe le corpus ISO 59000, dont la norme ISO 59040 sur le PCDS (« Product Circularity Data Sheet »). Ce référentiel fournit des données structurées facilitant l’analyse de circularité, l’anticipation de l’obsolescence et l’optimisation de chaînes d’approvisionnement numériques, tout en pouvant être intégré dans des bases de données produits et des futurs outils d’ACV automatisée.

Le travail du CEN/TC 473 porte sur des cadres numériques pour le partage d’informations et la traçabilité, notamment en lien avec les passeports numériques de produits (DPP). Dans ce cadre, les technologies avancées, y compris l’IA, peuvent optimiser la gestion des données et automatiser des évaluations de circularité.

En parallèle, le comité européen CEN/TC 350 établit des méthodes d’évaluation environnementale, sociale et économique du bâti, selon une approche cycle de vie. Il intègre des outils comme BIM et CAD afin d’améliorer la qualité et la standardisation des données.

Parmi les normes à venir figurent :

  • prEN XXX - Informations de circularité dans les digital building passports/logbooks ;
  • prEN 15804 révision - Règles fondamentales des EPD pour les produits de construction ;
  • prCEN/TS XXX - Modèles de chaîne de contrôle dans les EPD.

« Building Information Modeling » (BIM), « Digital Product Passport » (DPP) et Digital Building Logbooks (DBL) : trois axes clés présentés sous l’angle normatif

Une dernière partie de la présentation a été consacrée à trois éléments centraux sur les technologies en construction. En ce qui concerne le comité CEN/TC 442 dédié au BIM, l’IA peut, par exemple, automatiser l’extraction d’informations, prédire certains comportements des bâtiments et renforcer la valeur des jumeaux numériques. Concernant les DPP, traités notamment par le CEN-CENELEC/JTC 24, permettent une traçabilité complète du cycle de vie des produits. L’IA peut contribuer à structurer les données, détecter des incohérences et faciliter l’analyse des impacts.

Finalement, bien qu’aucun comité ne soit encore dédié aux DBL, une requête officielle de normalisation a été publiée par la Commission Européenne et adressée au CEN. L’IA pourrait y soutenir la détection d’anomalies, la maintenance prédictive et une gestion optimisée des matériaux tout au long du cycle de vie.

Vers une infrastructure numérique circulaire et résiliente

Même si l’IA n’est pas explicitement mentionnée dans les périmètres des comités précités, elle constitue un outil transversal capable de valoriser pleinement les cadres normatifs existants. En permettant des solutions, comme la modélisation fiable des matériaux, des quantités et des impacts respectifs, et en facilitant l’automatisation des analyses de cycle de vie, l’IA ouvre la voie vers la création d’une infrastructure numérique intégrée, associant BIM, passeports numériques, registres et données structurées. Appuyé sur des normes techniques élaborées par consensus, un modèle circulaire robuste et résilient peut ainsi être atteint.

Pour en savoir plus sur les sujets abordés ou participer aux travaux de normalisation, vous pouvez nous contacter : normalisation@ilnas.etat.lu

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